
Les travaux de restauration dans la nef jusqu’en 2021 ont dégagé beaucoup d’humidité (notamment la chappe pour changer le carrelage dans toutes les allées, et les enduits à la chaux en lieu et place des anciens enduits de ciment). Cette humidité a d’abord provoqué des déformations de toutes les pièces en bois visibles dans le chœur, avant de s’évacuer lentement, au fur et à mesure du séchage des maçonneries. Les boiseries ont alors repris leur position.
Or la statue de Jésus-Christ était placée dans une alcôve du retable en bois, qui lui-même s’était légèrement dilaté sous l’effet de l’humidité.
La photo ci-dessus montre la statue dans sa position d’origine en 2021, légèrement en avant de l’alcôve, avant d’être protégée pendant travaux.
Mais, à l’issue de ces travaux en 2021, la statue fut repositionnée davantage vers l’intérieur de l’alcôve, de sorte que le sommet de la tête toucha l’arc supérieur de l’alcôve.
Résultat : quelques jours après les canicules d’août 2022, la tête en plâtre explosa, et il fallut quelque temps pour réaliser pourquoi.


Les autres sinistres subis par la commune, et la nécessité d’investir sur ce qui permet de réduire les dépenses de fonctionnement, ont interdit jusqu’ici de dégager la somme nécessaire à la reconstitution de ce moulage. En effet, les économies obtenues par la rénovation énergétique des bâtiments et de l’éclairage public, ont été gommées par de nouveaux sinistres en cascade, liés à des aléas climatiques (fissuration d’autres bâtiments anciens, inondation par ruissellement), et surtout par le doublement des frais de scolarité pour les nombreux enfants de la commune qui ont rejoint le Regroupement Pédagogique Intercommunal (dont les écoles n’avaient pas été isolées dès le début de la guerre en Ukraine, et la spirale d’augmentations du coût des énergies fossiles depuis 2022).
Ce visage absent sur cette statue familière nous rappelle en creux que des enjeux existentiels sont à traiter pour l’avenir de notre population la plus fragile et pour celui des jeunes en particulier.

L'ex-voto placé aux pieds de la statue (en bas à gauche sur la photo ci-dessus) a été suggéré par des habitants qui ont souhaité à la fois rendre hommage aux qualités artistiques de la statue et de son insertion dans le chœur de l’église, et qui ont trouvé nécessaire d’expliquer pourquoi ce visage resté vide pendant trois années avait une portée symbolique.
Deux projets se sont unis pour trouver une issue tout aussi symbolique à cette situation : d’une part la formation de 40 choristes et instrumentistes des Voix du Cœur (direction Philippe Giraud, Longny-au-Perche) a organisé un concert gratuit dans l’église Ste-Anne, le 7 juin 2025 ; Lucas LAMOULIE, l’un des choristes, remarqua la tête éclatée de la statue, et indiqua qu’il pourrait la restaurer gratuitement, étant lui-même tailleur de pierre.
D’autre part, la restauration entamée par Eure-et-Loir Nature depuis 2021 à La Saucelle grâce au programme régional « Objectif MARES » avait amené en juillet 2025 la participation bénévole de Rapid France, un groupe spécialisé de la Sécurité Civile, dont l’un des cadres bénévoles n’était autre que Lucas LAMOULIE. Les 15 membres de l’équipe de Rapid France, venus de toute la France pour une campagne de chantiers de dégagements dans le Perche, ont donc eu la surprise de retrouver à Mortagne-au-Perche, dans l’atelier de ce tailleur de pierre et de la peintre Chloé BIZIEN, la statue en cours de restauration, statue dont l’équipe avait entendu parler quelques jours auparavant à 45km de distance, en introduction du dégagement d’une 8e mare saucelloise.
Cette convergence n’était pas une coïncidence, puisqu’elle illustrait l’interconnexion qui s’établit très souvent lorsque des acteurs décident de converger par conviction vers une finalité commune, celle de préserver le patrimoine historique et naturel que nous ont légué nos prédécesseurs dans cette région.
Notons que le choix des restaurateurs n’était de gommer l’épisode d’éclatement de la tête de la statue. C’est pourquoi de discrètes marques sont encore visibles lors d’un examen de près, afin de témoigner de la chaîne d’évènements, partant de l’édifice de l’église dont la restauration était devenue impérieuse suite à des causes historiques cumulées depuis les guerres de religion, jusqu’à des liens de solidarité très actuels et très humains.
Merci à tous les bénévoles ayant contribué à ce sauvetage.